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Portrait du colonisé

 
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prof19
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MessagePosté le: 24.03.11 18:02    Sujet du message: Portrait du colonisé

     Tout comme la bourgeoisie propose une image du prolétaire, l’existence du colonisateur appelle et impose une image du colonisé. Alibis sans lesquels la conduite du colonisateur et celle du bourgeois, leurs existences mêmes, sembleraient scandaleuses. Mais nous éventons la mystification, précisément parce qu’elle les arrange trop bien. 

 
     Lorsque le colonisateur affirme, dans son langage, que le colonisé est un débile, il suggère par là que cette déficience appelle la protection. D’où, sans rire – je l’ai entendu souvent – la notion de protectorat. Il est dans l’intérêt du colonisé qu’il soit exclu des fonctions de direction ; et que ces lourdes responsabilités soient réservées au colonisateur. Lorsque le colonisateur ajoute, pour ne pas verser dans la sollicitude, que le colonisé est un arriéré pervers, aux instincts mauvais, voleur, un peu sadique, il légitime ainsi sa police et sa juste sévérité. Il faut bien se défendre contre les dangereuses sottises d’un irresponsable ; et aussi, souci méritoire, le défendre contre lui-même ! De même pour l’absence de besoins du colonisé, son inaptitude au confort, à la technique, au progrès, son étonnante familiarité avec la misère : pourquoi le colonisateur se préoccuperait-il de ce qui n’inquiète guère l’intéressé ? Ce serait, ajoute-t-il avec une sombre et audacieuse philosophie, lui rendre un mauvais service que de l’obliger aux servitudes de la civilisation. Allons ! Rappelons-nous que la sagesse est orientale, acceptons, comme lui, la misère du colonisé. De même encore pour la fameuse ingratitude du colonisé, sur laquelle ont insisté des auteurs dits sérieux : elle rappelle, à la fois, tout ce que le colonisé doit au colonisateur, que tous ces bienfaits sont perdu, et qu’il est vain de prétendre amender le colonisé. 

 
     Il est remarquable que ce tableau n’ait pas d’autre nécessité. Il est difficile, par exemple, d’accorder entre eux la plupart de ces traits, de procéder à leur synthèse objective. On ne voit guère pourquoi le colonisé serait à la fois mineur et méchant, paresseux et arriéré. Il aurait pu être mineur et bon, comme le bon sauvage du XVIIIe siècle, ou puéril et dur à la tâche, ou paresseux et rusé. Mieux encore, les traits prêtés au colonisé s’excluent l’un l’autre, sans que cela gêne son procureur. On le dépeint en même temps frugal, sobre, sans besoins étendus et avalant des quantités dégoûtantes de viande, de graisse, d’alcool, de n’importe quoi ; comme un lâche, qui a peur de souffrir, et comme une brute qui n’est arrêtée par aucune des inhibitions de la civilisation, etc. 


 
     Preuve supplémentaire qu’il est inutile de chercher cette cohérence ailleurs que chez le colonisateur lui-même. À la base de toute la construction enfin, on trouve une dynamique unique : celle des exigences économiques et affectives du colonisateur ; qui lui tient lieu de logique, commande et explique chacun des traits qu’il prête au colonisé. En définitive, ils sont tous avantageux pour le colonisateur, même ceux qui, en première apparence, lui seraient dommageables. 

 
 Albert Memmi, Portrait du colonisé 


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MessagePosté le: 24.03.11 18:02    Sujet du message: Publicité

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