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Explication de texte : Candide (extrait), Voltaire

 
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MessagePosté le: 17.03.11 17:24    Sujet du message: Explication de texte : Candide (extrait), Voltaire

Texte : 

 
     Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d'abord à peu près six mille hommes de chaque côté; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie héroïque. 
     Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum, chacun dans son camp, il prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d'abord un village voisin; il était en cendres, c'était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes; là des filles, éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros, rendaient les derniers soupirs; d'autres, à demi brûlées, criaient qu'on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés. 
Introduction     En 1759, Voltaire écrit Candide, qui, suivant Zadig ou la destinée (1748) et Micromégas (1752), et précédant l’Ingénu (1763), constitue le troisième conte philosophique, certainement d’ailleurs le plus célèbre.     Les déceptions, échecs et déboires que subit Voltaire entre 1745 et 1760 l’amènent à introduire une large part de confidence dans un nouveau cadre. La formule du conte est née et s’affirme progressivement avec les œuvres. Les héros des romans reflètent la personnalité et les réactions du philosophe, qui se distancie d’eux pourtant par une ironie les empêchant d’apparaître comme des personnes authentiques. Limités à des comportements, de tels personnages se dévoilent à leur conscience et cet apprentissage dont il est le témoin conduit le lecteur à se rendre compte de ce qu’il n’avait pas été habitué à voir.     Candide constitue véritablement ce roman d’apprentissage dans la mesure où il nous montre l’itinéraire d’un garçon naïf, pétri de philosophie optimiste. Par son intermédiaire, Voltaire dénonce cette philosophie de Leibniz qu’il juge absurde mais nous donne aussi une véritable leçon d’espoir en offrant à l’homme un art de vivre.     Ce chapitre 3 permet à Voltaire de faire une critique virulente d’un de ses autres chevaux de batailles, la guerre. Candide, après avoir été chassé du château du baron de Thunder-Ten-Tronk, est pris dans l’engrenage des combats entre les Bulgares et les Abares.
Projet de lecture  
     Dans ce passage, Voltaire démontre toute sa virtuosité d’écriture. En effet il parvient à rire de la guerre mais ce n’est plus le rire de la gaieté comme dans l’incipit mais le rire « grinçant » évoqué par Flaubert. 
     Sur tout le 18ème siècle, l’Europe a connu 84 conflits dans lesquels les hommes ont combattu, non pas pour défendre leur liberté ou une base de justice politique et sociale élémentaire, mais pour de sordides histoires d’intérêts ou de simple vanité dynastique. Des hommes sont massacrés sous couvert de la religion et de philosophies comme l’optimisme de Leibniz. 
     C’est tout cela que Voltaire entend dénoncer dans ce texte grâce à des procédés d’écriture qu’il sera intéressant de démontrer : l’ironie et le jeu sur les focalisations. 

 
Mouvements du texte 
     Le texte peut se décomposer en deux mouvements qui correspondent d’ailleurs aux deux paragraphes du texte. Dans le premier mouvement la guerre est vue à travers les yeux de Candide. Toutefois, Voltaire n’est pas absent de son texte. Il réalise même un véritable tour de force puisqu’il parvient, dans ce passage qui semble justifier les combats, à en faire une dénonciation sévère.     Dans le deuxième mouvement, la perspective change, le style d’écriture n’est plus du tout le même. C’est sous aucun couvert et avec un vocabulaire cru que le philosophe montre toutes les atrocités de la guerre.
  
Explication 

 
Premier paragraphe 
     Le paragraphe commence par une tournure emphatique et une énumération d’adjectifs mélioratifs renforcés par l’intensif « si » : « si beau, si leste, si brillant ». La description des armées abares et bulgares, ici (et cela est important), commence sur un ton d’allégresse. Le personnage est émerveillé devant une harmonie aussi réussie. 
     Un orchestre est présenté ensuite. Il est composé comme ceux de Mozart ou de Lulli d’instruments graves et éclatants. La guerre est joyeuse, semble-t-il. Mais une dissonance brutale apparaît avec le passage des tambours aux canons. Ce n’est pas m’harmonie auditive qu’on attendait et le mot « enfer », rejeté en fin de phrase pour renforcer la surprise, exprime les intentions ironiques de Voltaire. Il semble voir la guerre avec les yeux de Candide mais ce n’est qu’une feinte. Avec ce mot il ramène brutalement le lecteur à la réalité. 
     Puis vient le récit de la bataille, dont les phases successives sont affreusement meurtrières, mais dans laquelle Candide semble voir un combat de soldats de plomb (« renversèrent »). Il y porte un regard détaché : « 6 mille hommes de chaque côté ». Cette importance portée sur le nombre souligne l’ampleur de la guerre mais aussi la valeur minime de la vie humaine et l’absurdité de la guerre aussi dévastatrice dans le camps des vaincus que dans celui des vainqueurs. 
     Ensuite la mousqueterie succède aux canons avec les mêmes effets. Cela permet à Voltaire de feindre de reprendre à son compte la justification de la guerre. Grâce à un euphémisme ironique (« ôta du meilleur des mondes »), il parodie la philosophie de Leibniz à travers l’expression préférée du précepteur de Candide, Pangloss. Voltaire donne un aspect utilitaire à la guerre : « qui en infectait la surface ». Tout cela dans une généralisation absurde. Tous les soldats sont assimilés indistinctement à des « coquins ». 
     Un même schéma est repris pour la phrase suivante, cette fois-ci avec la baïonnette. Ici, Leibniz est directement attaqué par l’expression « raison suffisante ». Dans la philosophie allemande, celle-ci est « le principe » selon lequel « jamais rien n’arrive sans qu’il y ait une cause ou du moins une raison déterminante, c’est-à-dire qui puisse servir à rendre raison a priori pourquoi cela est existant et pourquoi cela est ainsi plutôt que toute autre façon » (Théodicée, I, 44).Le recours à une formulation aussi pédante, s’agissant d’une immense atrocité, tend à la fois à ridiculiser le système de la philosophie de l’optimisme (c’est le but de Candide) et à mettre en relief le désastre de la guerre (le carnage de la guerre de sept ans a joué un rôle décisif dans la volonté de Voltaire d’écrire ce conte). Ce dernier point est renforcé par l’alliance d’un nombre élevé et d’un indéfini imprécis. Le procédé est repris dans l’évaluation finale : « le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes ». Cette phrase déshumanise les individus et réduit la guerre à un bilan de morts. 
     La dernière phrase du paragraphe met de nouveau en scène Candide, qui « tremblait comme un philosophe ». Cette boutade permet à Voltaire de se moquer de ces prétendus philosophes qui se croient à l’abri des réalités grâce au raisonnement. Mais l’expression très importante de cette phrase est bien évidemment « boucherie héroïque ». Cet oxymore associe le mot brutal et réaliste « boucherie » déjà utilisé par Rabelais, Montaigne pour dénoncer la guerre et l’adjectif « héroïque ». En outre il démontre une virtuosité d’écriture de Voltaire car il permet de faire surprenante liaison entre les deux paragraphes. « Boucherie », porteur d’atrocité annonce le deuxième paragraphe et la vision de Voltaire tandis que « héroïque » conclut la vision de Candide. 

 
Deuxième paragraphe  
     Le second paragraphe commence par une double attaque dirigée contre la religion et contre les rois. La première se rend infâme car elle légitime les atrocités ; le Te Deum est en effet un chant d’action de grâces qui remercie Dieu. Les rois sont également visés car ils se croient tous deux victorieux et prennent la religion comme caution de leurs agissements. Voltaire amorce ici une analyse qu’il approfondira dans l’article « Guerre » de son Dictionnaire philosophique. Il dénonce vigoureusement la complaisance de l’église : « Le merveilleux de cette entreprise infernale, c ‘est que chaque chef des meurtriers fait bénir ses drapeaux et invoque Dieu solennellement avant d’aller exterminer son prochain. Si un chef n’a eu que le bonheur de faire égorger deux ou trois mille hommes, il n’en remercie point Dieu ; mais lorsqu’il y en a eu environ dix mille d’exterminés par le feu et par le fer, et que, pour comble de grâce, quelque ville a été détruite de fond en comble, alors on chante à quatre parties une chanson assez longue, composée dans une langue inconnue à tous ceux qui ont combattu, et de plus toute farcie de barbarisme. » Il fait également le procès des caprices et de la folie conquérante des princes. 
     S’en suit la désertion de Candide : « prit le parti d’aller raisonner ailleurs des effets et des causes » est un euphémisme qui égratigne une nouvelle fois le « Tout est bien » de Pangloss et de Leibniz. Cela permet à Voltaire de changer radicalement le ton de la description de la guerre et d’en introduire un tableau réaliste. A la vision idéaliste de Candide s’oppose une évocation abominable « des tas de morts et de mourants ».  Mais bientôt commence une escalade dans l’horreur avec le martyre infligé aux populations civiles « selon les règles du droit public ». En effet la guerre, à cette époque, est un droit et que le plus célèbre ouvrage du juriste Grotius, Du Droit de la guerre et de la paix (1625) règlement e les différentes sortes de guerre. Vieillards, femmes, enfants, jeunes filles, il n’est personne qui ait échappé au carnage. Voltaire le souligne par une succession de détails macabres : « mamelles sanglantes », « cervelles […] répandues sur la terre », « bras et […] jambes coupés ». Ce pathétique sobre rythmé par l’effet des de rime des participes passés (« criblés », « égorgés », « éventrées », « brûlées ») suscite l’indignation et la pitié. 
  
Conclusion     La référence aux Abares et aux Bulgares sert de masque aux atrocités de la Guerre de sept ans, qui ont bouleversé Voltaire. Pour transmettre sa révolte, le conteur a choisi l’ironie : il feint d’abord, dans un récit schématique, de voir les choses par les yeux de Candide. Puis il dénonce l’absurdité de la guerre avec des euphémismes et des formules qui démentent toutes les théories de l’optimisme. Enfin il adjoint au sarcasme, après al fuite de Candide, une série d’abominations qui porte l’horreur à son comble : la sensibilité rejoint ainsi la raison dans la condamnation de la barbarie.     


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MessagePosté le: 17.03.11 17:24    Sujet du message: Publicité

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