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« Défendre la langue française, c'est défendre le plurilinguisme ! »

 
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prof19
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MessagePosté le: 14.03.11 17:40    Sujet du message: « Défendre la langue française, c'est défendre le plurilinguisme ! »

Madame le Chancelier, 
Monsieur le Recteur, 
Monsieur le vice-Recteur, 
Excellences, 
Mes chers collègues, 
Mes chers amis, 


 

 
Mes premiers mots sont, d'abord, des mots de remerciement et de fierté, d'avoir été ainsi choisi par l'Université d'Ottawa pour recevoir un grade aussi prestigieux. 
J'y suis sensible à plusieurs titres. 
Tout d'abord, parce que la communauté universitaire est, profondément, ma communauté. C'est là où, quelles que soient les infidélités politiques ou diplomatiques que j'ai pu lui faire, que je me sens véritablement chez moi. Et je le vérifie, une fois de plus, ici, à Ottawa. 
Je suis, également, heureux d'être parmi vous car le Canada est, depuis longtemps, un pays qui, sous des formes diverses, accompagne mon action. Lorsque j'étais ministre des Affaires étrangères de l'Egypte, lorsque j'ai été Secrétaire général des Nations Unies, le Canada a toujours soutenu – et parfois dans des conditions et des circonstances difficiles – l'action que je conduisais. Et j'ai, à son égard, et pour toujours, une dette de reconnaissance. Je dois dire que cette fidélité ne faiblit pas, bien au contraire, dans l'action que je conduis, aujourd'hui, à la tête de l'Organisation internationale de la Francophonie. 
Je voudrais ajouter, si vous me le permettez, une troisième raison de fierté d'être, aujourd'hui, distingué dans votre université. Vous l'avez rappelé, à l'instant, – et parfois en termes trop élogieux – j'ai consacré ma vie à promouvoir, partout où c'était possible, le dialogue, la négociation et la tolérance. Auprès du Président Sadate, auprès du Président Moubarak, au sein des Nations Unies, au sein de l'Organisation internationale de la Francophonie, c'est toujours par la négociation et le dialogue, que j'ai cru que devait s'ouvrir le chemin de la paix. J'en suis plus que jamais convaincu. Même si ce chemin est long, même si ce chemin est chaotique, même si ce chemin est parfois décevant, notamment lorsqu'on se penche sur l'histoire du Moyen-Orient. Et pourtant, plus que jamais, c'est ce chemin qu'il faut, inlassablement, poursuivre et défricher. 
Cette tolérance, cet esprit de dialogue, vous l'incarnez parfaitement, au sein de votre Université, à travers une valeur qui m'est chère : celle du plurilinguisme. Vous avez bien voulu, devant moi, rappeler les caractéristiques de votre institution, et le bilinguisme qui l'anime. Je ne peux que m'en réjouir, avec vous, et vous en féliciter. 
Et cela me conduit, d'une certaine manière, à vous dire comment, moi aussi, je comprends cette belle idée du plurilinguisme. Et combien j'entends l'incarner au sein de l'Organisation internationale de la Francophonie. La Francophonie est, comme le dit notre Charte, fondée sur une langue que nous avons en partage : le français. Une langue qui est, tout à la fois, la raison d'être et d'agir de notre Communauté. Une langue qui est un formidable moyen d'action et de rencontre, dans le contexte actuel de la mondialisation et de la globalisation. Car on ne le dit pas assez, mais toutes les deux semaines, une langue disparaît dans le monde. C'est dire, aussi, les traditions, la création et l'histoire qui s'y rattachent. 
Faut-il, comme le font certains, considérer ce phénomène sans précédent comme une fatalité? Et admettre que seules les langues les plus « aptes » seront appelées à subsister ? Faut-il accepter que la mondialisation devienne synonyme d'extinction de la diversité linguistique et culturelle ? Faut-il accepter que la mondialisation consacre la loi du plus fort ? 
La Francophonie ne s'y résout pas, parce qu'elle croit dans la prééminence de la volonté politique sur la fatalité. Parce qu'elle croit que nous pouvons démocratiser la mondialisation avant que la mondialisation ne dénature la démocratie. C'est en cela que cette langue, que nous avons en partage, est un puissant moyen d'action ! 
Mais elle est, aussi, un puissant moyen de rencontre ! Car cette langue, non seulement nous la vivons entre nous, comme un gage de solidarité, mais aussi – j'allais dire, surtout – nous l'offrons aux autres. Nous l'offrons aux non francophones pour que chaque langue, pour que chaque communauté linguistique puisse, en s'affirmant et en se rencontrant, rendre compte et témoigner de la richesse du monde. 
Autrement dit, défendre la langue française n'est pas une position de repli, une position d'enfermement, mais au contraire un vaste mouvement de liberté et d'ouverture. Défendre la langue française, c'est défendre le plurilinguisme ! C'est défendre l'ensemble des communautés linguistiques ! C'est défendre le dialogue des cultures ! 
C'est la raison pour laquelle j'ai souhaité, dès ma prise de fonction, aller à la rencontre des autres organisations régionales, des autres communautés linguistiques. 
Je pense, tout d'abord, au Commonwealth. Et le fait que le Canada soit membre de ces deux institutions a été, une autre incitation, à agir dans cette direction. 
Un accord de coopération nous lie au Commonwealth. Nous avons envoyé une mission conjointe d'observation des élections aux Seychelles. Nous avons mené, ensemble, en janvier 2000, à Yaoundé une réflexion, au plus haut niveau, sur le thème de la démocratie dans les sociétés plurielles. Et nous avons organisé, en novembre 2000, à Genève, un séminaire conjoint à l'intention des Ambassadeurs et des négociateurs des Pays ACP, sur les implications multilatérales de l'Accord de Cotonou, entre l'Union européenne et les pays ACP. 
Ce rapprochement, je l'ai souhaité, aussi, avec le Monde arabe, et avec les lusophones, et les hispanophones. C'est ainsi que nous avons tenu deux grandes conférences à Paris, en mai 2000 et en mars 2001, pour, ensemble, ouvrir la voie à des alliances stratégiques. 
C'est cette même idée que j'ai voulu faire affleurer, au plus niveau, dans la Francophonie, à travers le concept de diversité culturelle. La Conférence des ministres de la Culture, à Cotonou, les 14 et 15 juin derniers, a constitué, à cet égard, un acte décisif. Je dirais, qu'à travers la Déclaration adoptée par les ministres, à Cotonou, la diversité culturelle, qui n'était jusqu'alors qu'un concept, est véritablement devenue une politique ! 
Bien sûr, l'oeuvre n'est pas achevée, et le Sommet de Beyrouth, consacré au dialogue des cultures, nous donnera opportunément, en octobre prochain, l'occasion d'aller de l'avant. Mais nous avons, d'ores et déjà, les éléments essentiels autour desquels s'est forgé un consensus et qui constitue le corpus des normes francophones dans le domaine de la diversité culturelle. 
La liberté, la libre circulation des idées par les mots et par l'image, l'ouverture des frontières, la circulation des oeuvres et des artistes, l'accès le plus large aux nouvelles technologies, constituent l'un des volets de notre pensée. La solidarité, la coopération, la tolérance, l'acceptation de l'Autre dans ses modes de pensée, le respect des langues partenaires, la volonté de dialogue en forment l'autre pan. 
Ainsi, pouvons-nous avancer de façon équilibrée. Ainsi, pouvons-nous rester aux avant-postes de la communauté internationale, dans ces domaines. Ainsi, pouvons-nous être un laboratoire d'idées, les inventeurs de pratiques nouvelles. Ainsi la Francophonie peut-elle être conforme à elle-même, en donnant à la culture toute sa place dans le champ de la coopération et le champ de la politique. 
Car nous savons tous que, sous des formes diverses, la culture est, par essence, politique. 
D'abord, parce que la culture est une notion globale. Elle englobe toutes les autres. Elle est ce vivier de valeurs et de représentations où nous puisons notre imaginaire et notre action. 
La culture est aussi politique, car il est bien évident qu'elle est, pour tous les peuples et toutes les nations, la grande école de la paix ! 
De ce point de vue la Déclaration exigeante que nous avons adoptée, à Bamako, en novembre 2000, sur la démocratie, les droits et les libertés, et la Déclaration de Cotonou, sont les deux piliers d'un même édifice. Et ils montrent, clairement, à nos yeux, le lien essentiel entre culture et paix, entre culture et démocratie. 
Mais je voudrais ajouter cette idée : au-delà de la démocratie nationale, c'est la démocratie à l'échelle internationale qui est en jeu. Car je suis convaincu que, tout comme la démocratie à l'intérieur des Etats s'appuie sur le pluripartisme, la démocratie entre les Etats doit s'appuyer sur le plurilinguisme, sur la pluralité des cultures. 
Je dirais, enfin, que la culture est politique, car elle est liée aux objectifs profonds de la Communauté internationale, et notamment à l'un de ceux qui nous sont chers : la solidarité, sans laquelle il ne saurait y avoir de développement. 
Vous me permettrez, à ce propos, d'adresser, par votre intermédiaire, ce message aux jeunes générations, pour leur dire : 
Citation:
Vous avez la chance de vivre, au quotidien, cette culture d'ouverture, de tolérance, de bilinguisme, dans un pays développé, dans une grande démocratie, dans une université ouverte sur le monde. 
De cette situation privilégiée, il vous faut tirer une énergie très forte, pour innover, créer, transformer sans cesse ce qui doit l'être. 
Vous êtes dans le monde des nouvelles technologies. 
Vous êtes le nouveau monde de la Francophonie ! 
Et vous êtes, par là même, les garants et les acteurs de cette Francophonie de l'avenir ! 
Mais tout ce qui est vous donné, vous devez, aussi, en retour, l'offrir aux autres. L'offrir à tous ces pays qui nous ont rejoints et qui sont parmi les plus pauvres de la planète. 
Car cette langue que nous avons en partage, nous donne, vous donne des devoirs. Car toutes ces valeurs de diversité, de démocratie, de tolérance, de paix, ne peuvent se cimenter qu'à travers la solidarité. 
C'est donc sur ce message d'espoir et de confiance que je voudrais terminer, non sans vous remercier, une fois encore, du fond du coeur, de l'honneur que vous me faites en m'accueillant, aujourd'hui, dans votre Université. 

 
BOUTROS-GHALI, Boutros,  
« Discours du Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie, 
Son Excellence Boutros Boutros-Ghali  
à l'occasion de la remise du Doctorat honoris causa de l'Université d'Ottawa, le 13 juillet 2001 » 


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MessagePosté le: 14.03.11 17:40    Sujet du message: Publicité

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