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LA NOUVELLE FANTASTIQUE

 
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Hikma
Invité

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MessagePosté le: 12.02.11 12:29    Sujet du message: LA NOUVELLE FANTASTIQUE

1. Structure de la nouvelle 
            Une nouvelle = une œuvre en prose généralement brève, un récit court, qui présente plusieurs caractéristiques particulières : 
w  elle met en scène un petit nombre de personnages, rapidement mis en situation. 
w  l’histoire prend pour cadre la vie quotidienne (inscription immédiate et précise du cadre spatio-temporel) et contient un fait singulier, qui bouleversera la vie du personnage central 
w  elle contient peu de descriptions ; celles-ci sont rares, suggestives ou au contraire démonstratives, se limitent à ce qui est indispensable à l’histoire ; on s’attache à décrire surtout une caractéristique particulière, importante pour la diégèse et qui pourra être sujet à développement. 
  Car les notations descriptives peuvent être fondamentales, par exemple dans une nouvelle fantastique dans laquelle le narrateur décrira un objet/être/paysage incroyable, inhabituel 
w  le rythme narratif est rapide, l’action généralement unique, intense ; l’action s’organise autour d’un événement apparemment banal (qui prendra, au cours du récit, des proportions inattendues) ou d’emblée extraordinaire. 
  La nouvelle se déroule dans un temps relativement court, peut comporter des ellipses temporelles (épisodes qui ne se rapportent pas directement à l’action principale éliminés) ; le récit est condensé, les actions concentrées. 
  Le rythme est souvent lent au départ, puis s’accélère jusqu’à la chute. 
  Rythme soutenu (gradation, crescendo, crise), minuté (pauses, relances, accélérations, effets de surprise, coups de théâtre). 
w  les actions de la nouvelle tendent toutes vers une chute inattendue, qui provoque la surprise du lecteur ; la fin peut produire un effet comique, tragique, effrayant ... 
w  le héros a un caractère nuancé (hésitations, doutes...) et traverse des épreuves qui peuvent changer sa vie (destin du héros est souvent en jeu), ou au contraire est un simple type littéraire. Caractérisation sommaire voire lacunaire.  
w  Le dialogue, dans une nouvelle, inscrit les personnages dans une réalité sociale, leur donne vie mais permet aussi de faire avancer l’action avec rapidité, tout en mobilisant l’intérêt du lecteur. 
  
            Il s’agit donc d’un récit de longueur variable (mais toujours plus court que le roman) ayant peu de personnages et de descriptions, dont l’action, d’une grande tension, est très concentrée. L’histoire en est vraisemblable (¹ Merveilleux) ; on pourrait comparer la nouvelle à « l’expression artistique d’un fait divers ».  
  
2. Structure narrative de la nouvelle 
            La nouvelle saisit une tranche de vie. L’action y est concentrée autour d’un événement et le rythme narratif rapide (d’où de fréquentes ellipses). Le récit est efficace, sobre. 
            La structure narrative de la nouvelle est donc généralement simple. La situation initiale est rompue par un élément modificateur : il s’agit souvent d’un fait apparemment banal dont les conséquences seront graves et inattendues. 
            Dans une nouvelle, les événements sont présentés le plus souvent dans l’ordre  logique et chronologique des faits, lesquels s’enchaînent rapidement pour aboutir à une situation de crise. Tout le récit se focalise sur la résolution de la crise et conduit le lecteur sur la piste d’un dénouement (parfois sur une fausse piste). 
            Le narrateur peut intervenir pour exprimer son jugement sur les événements ou prendre le lecteur à témoin. 
            La nouvelle se termine sur une chute brutale, qui laisse généralement le lecteur déconcerté et lui donne à réfléchir sur le sens de certains événements. 
RQ : 1. Temps de la narration d’une nouvelle : essentiellement le passé simple et l’imparfait. 
  2. Récit enchâssés fréquents. 


 
3. Le fantastique : mouvement littéraire 
            Mouvement littéraire moderne, apparu au début du XIXè siècle. Sa naissance et son développement coïncident avec la déperdition des croyances et du merveilleux traditionnels, au profit des modes de perception et de connaissance du monde instaurés par l’esprit scientifique. 
            Tout en prenant acte de cette évolution qui pratique l’incrédulité et la mise à l’écart du surnaturel au nom de la raison triomphante, un mouvement littéraire, essentiellement romantique, orchestre une forme de réaction : la tendance est au renouveau de l’irrationnel, à la réhabilitation de l’art du conte. D’où la volonté des écrivains participant de ce mouvement d’enjamber une siècle de rationalisme pour retrouver des états anciens de sensibilité et de croyances. 
            Le XIXè siècle apparaît aussi comme une période intense de création et d’innovation (Gautier, Poe, Mérimée, Villiers de l’Isle-Adam...). Les auteurs ne perdent pas de vue le contexte dans lequel ils écrivent, mais mettent en perspective une forme de « merveilleux ». Dans cette optique, le texte fantastique trouve une singularité : il établit une tension entre l’ancien et le nouveau, entre des survivances archaïques et le présent, entre la persistance de phénomènes que les données scientifiques réfutent, l’inexplicable, et le monde référentiel qui sert de cadre naturel. 
              polarité représentation mimétique / affirmation d’une réalité non mimétique qui engage la fiction sur la voie de l’irrésolution et de l’expérience de l’impossible. 
            Précurseur : le roman gothique (transposition horrifique d’événements surnaturels surgis du fond des âges, avec explications à la fin) ; mais dans le fantastique, pas de « retour à la normale » final. 
            Tournant XIXè-XXè siècles : affirmation de la psychanalyse Þ influence sur le fantastique psychologique. 
            Dans le monde contemporain envahi par le mal urbain qu’est l’indifférence ou la négation de l’individu, le fantastique de la solitude est insistant. 
            Évolution : le fantastique évolue en s’intériorisant. L’inquiétante étrangeté/familiarité et la subjectivité s’amplifient. 
            Thématiques : dualité, états transitoires, brouillage entre vie/mort, quotidien/surnaturel, rêve/réalité, raison/folie ... 
R.Q. : Le fantastique ¹ Merveilleux ou Science fiction, lesquels proposent des « univers parallèles », tandis que l’étrange, dans le fantastique, fait corps avec le réel, se confond avec la réalité (comme une sorte d’option narrative), pour se dévoiler progressivement, sans que le mystère soit jamais résolu. 
  
4. Structure narrative : spécificité de la nouvelle fantastique 
            Qu’il vise l’indétermination (A) ou la monstration (B), le fantastique produit un récit à effets. D’où travail narratif conséquent Þ suggérer l’inadmissible dans un cadre référentiel tout en soulignant la facture impossible de ce qu’il insinue ou montre.  
            A. Écriture de la duplicité, qui pose le problème de l’authenticité du récit et inscrit au cœur du texte le doute (exprimé/latent) quant à la nature de l’événement surnaturel Þ 
1. La technique du récit enchâssé : convoquer un récit second dans un récit-cadre (manuscrit trouvé, histoire racontée à une assemblée ...) ® la confrontation des 2 temps et des 2 camps de protagonistes aboutit souvent à la dramatisation de l’incertain. 
2. La narration à la première personne (journal, confession, correspondance) : elle focalise l’attention sur la caution à accorder ou pas au récit, étant donné le statut même de son auteur. L’espace du doute et de la suspicion est ménagé par : 
– l’identification du narrateur au protagoniste (du je au il),  
– la proximité entre commentaires sur les faits et l’histoire des faits,  
– la représentation des événements partagée entre la restitution quasi clinique et l’énonciation subjective. 
Þ Triomphe du fantastique psychologique (celui du point de vue perturbé/perturbateur). 
            B. Écriture visant à montrer un phénomène : absence de causalité patente. Violence, étalage monstrueux, irrationnel, innommable l’emportent ® chaos généralisé. 

 
5. Étymologie du mot fantastique  
w  Etymon grec fantasein = « faire voir en apparence, donner l’illusion » ; « se montrer », « apparaître », lorsqu’il s’agit de phénomènes extraordinaires. 
  Fantasein croise alors le réseau lexical constitué par phantasia (« apparition ») et phantasma (« spectre, fantôme »). Avec « fantasmagorie », attesté en 1797, qui désigne d’abord la production dans l’ombre (avec une lanterne magique mobile) de figures lumineuses qui paraissent marcher vers le spectateur en grandissant, le rapport du fantastique au leurre/simulacre se confirmera. 
w  Vers 1380 : Apparition, en français, du mot fantastique.  
  < lat. Fantasticus (faculté d’imagination, sens de l’irréel ® cf. « Fantaisie ») 
w  Moyen-âge : fantastique = « insensé, possédé » (réduction de sens péj.) 
w  XVIIè siècle : fantastique = 1. « Imaginaire », « apparence » (acception neutre) ; 2. « Bizarre, extravagant, qui est hors de la réalité » (acception nég.) 
w  1831 (Dictionnaire de l’Académie) : fantastique = « chimérique », « qui n’a que l’apparence d’un être corporel, sans réalité ». 
w  1863 (Le Littré) : mentionne Hoffman et le « genre de contes mis en vogue pas l’Allemand » ; « qui n’existe que par l’imagination », « qui n’a que l’apparence d’un être corporel ». 
w  1990 (Le Petit Robert) : 1. « Qui est créé par l’imagination, qui n’existe pas dans la réalité » ; 2. « Qui paraît imaginaire, surnaturel » ® insistance sur illusion, faux-semblant. 
  
6. Thèmes fantastiques 
La statue animée appartient aux thèmes récurrents de la littérature fantastique recensés par Roger Caillois dans l’introduction de son Anthologie du fantastique (Gallimard, 1966). On peut rappeler la liste qu’il propose dans cet ouvrage : 
  
– le pacte avec le démon ; 
l’âme en peine qui exige pour son repos qu’une certaine action soit accomplie ; 
– la mort personnifiée apparaissant au milieu des vivants ; 
– la « chose » indéfinissable et invisible mais qui pèse, qui est présente ;  
– les vampires ; 
– la statue, le mannequin, l’armure, l’automate, qui soudain s’animent et acquièrent une redoutable indépendance ; 
– la malédiction d’un sorcier qui entraîne une maladie épouvantable et surnaturelle ; 
– la femme-fantôme, venue de l’au-delà, séductrice et mortelle ;  
l’interversion des domaines du rêve et de la réalité ; 
– la chambre, l’appartement, l’étage, la maison, la rue effacés de l’espace ;  
l’arrêt ou la répétition du temps. 
  
Mais le thème de la statue animée n’apparaît pas figé une fois pour toutes dans une structure narrative donnée. Abordé de façon différente par les auteurs, son traitement implique à chaque fois une conception totalement différente de l’homme face à la divinité, seule détentrice du don de vie, de l’homme face à la création artistique (qui le dépasse ou qu’il contrôle) où il tente de rivaliser avec Dieu. 
  
CITATIONS : 
Charles NODIER : le fantastique est « l’art de parler à notre imagination en la ramenant vers les premières émotions de la vie, en réveillant autour d’elle jusqu’à ces redoutables superstitions de l’enfance que la raison des peuples perfectionnés a réduite aux proportions du ridicule. » (1818)   
                                     fantastique ¹ rationalisme 
Charles BAUDELAIRE : « La nouvelle, plus resserrée, plus condensée, jouit des bénéfices éternels de la contrainte : son effet est plus intense. « (« Théophile Gautier », 1859) 
E. A. POE : « un artiste habile construit un conte. [...] Après avoir soigneusement conçu le type d’effet unique à produire, il inventera des épisodes, combinera des événements, les commentera sur un certain ton, subordonnant tout à la volonté de parvenir à l’effet préconçu. » (« L’Art du conte ») 
Roger CAILLOIS : « La démarche essentielle du fantastique est l’apparition : ce qui ne peut pas arriver et qui se produit pourtant, en un point et à u instant précis, au cœur d’un univers parfaitement repéré et d’où l’on avait à tort estimé le mystère à jamais banni. Tout semble comme aujourd’hui et comme hier : tranquille, banal, sans rien d’insolite, et voici que lentement s’insinue ou soudain se déploie l’inadmissible. » (article “Fantastique, Encyclopœdia Universalis) 
Pierre-Georges CASTEX : le fantastique se caractérise par « l’intrusion brutale du mystère dans la vie réelle. » (Le Conte fantastique en France, de Nodier à Maupassant, 1951, p.8). 
Louis VAX : « Pour s’imposer, le fantastique ne doit pas seulement faire irruption dans le réel, il faut que le réel lui tende les bras, consente à sa séduction. [...] Le fantastique aime nous présenter, habitant le monde réel où nous sommes, des hommes comme nous, placés soudainement en présence de l’inexplicable. » (La Séduction de l’étrange, 1965, p. 88). 
Tzvetan TODOROV : « Le fantastique, c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel. » (Introduction à la littérature fantastique, 1976, p. 29). 
Charles GRIVEL : « Fantastique est la fin des repères. J’appelle “fantastique”  ce qui fait qu’on ne peut pas dire “comme” . Là où quand le sens se dérobe. » 
On peut convenir d’appeler fantastique « ce qu’on ne peut pas voir et ce que l’on voit pourtant. » (Fantastique-fiction, 1992, p. 11). 
// Ernest HELLO : « Le fantastique n’est pas dans l’objet, il est toujours dans l’œil. »  
              Dualité voir/interpréter, projeter/décrypter = enjeu majeur du fantastique. 
Irène BESSIERE : « Le fantastique se joue de la réalité dans la mesure même où il identifie le singulier à la rupture de l’identité, et la manifestation de l’insolite à celle d’une hétérogénéité, toujours perçue comme organisée, comme porteuse d’une logique secrète ou inconnue. » (Le récit fantastique. La poétique de l’incertain, 1974, p.23). 
  


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MessagePosté le: 12.02.11 12:29    Sujet du message: Publicité

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